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Actualités Le financement du risque de dépendance


Alors que la crise sanitaire a révélé certaines limites de notre système de prise en charge de la perte d’autonomie, l’intégration du risque de dépendance dans la nouvelle loi de financement de la Sécurité sociale, promulguée en août 2020, marque évidemment une avancée, mais elle nous invite à nous interroger collectivement sur les solutions que nous pouvons apporter face à ce défi majeur.

 

Pour comprendre l’ampleur de l’enjeu, il faut avoir conscience que la dynamique démographique va mener dans les prochaines décennies à une croissance significative du nombre de personnes âgées dépendantes.

 

L'exemple outre-Manche

 

D’après le rapport « Concertation. Grand âge et autonomie » remis en mars 2019 par Dominique Libault à Agnès Buzyn, alors ministre de la santé, la population de personnes âgées de 85 ans et plus sera multipliée par 3,2 en France d’ici 2050 pour atteindre 4,8 millions. Cela devrait représenter 2,2 millions de personnes en perte d’autonomie, contre 1,3 million en 2017. Or la prise en charge de la dépendance s’avère extrêmement coûteuse. Déjà en 2014, 30 milliards d’euros y étaient consacrés, dont 80 % de dépenses publiques.

 

Les montants en jeu permettent d’appréhender la complexité de la tâche. La perte d’autonomie induit des frais significatifs pour la personne concernée mais également souvent pour ses proches. Une prise en charge partielle par la collectivité apporte un début de réponse, mais on ne peut faire l’économie d’une réflexion sur le rôle complémentaire que doit jouer l’épargne des ménages dans le financement de la dépendance.

 

Professionnels de la gestion de patrimoine et de la gestion d’actifs, nous devons trouver les mécanismes idoines pour faire contribuer plus efficacement l’épargne accumulée tout au long de la vie lorsque arrive la perte d’autonomie.

 

L’une des pistes que nous pourrions mettre en œuvre serait d’ouvrir la possibilité, sur l’ensemble des contrats d’assurance-vie existants ou à venir, de convertir tout ou partie de l’épargne en une rente adaptée et spécifique aux besoins d’une personne dépendante. Le système de « rente améliorée » existant outre-Manche pourrait s’avérer une source d’inspiration judicieuse.

 

En partant du principe qu’à partir de 80 ans, une personne dépendante vit en moyenne 4 ans, la rente devra être conséquente, notamment pour couvrir les frais liés à la prise en charge de la perte d’autonomie. D’après une étude du CSA, les plus de 75 ans détiennent en moyenne 63 000€ d’encours sur leur contrat d’assurance vie. En transformant ce capital en rente lorsque surgit une situation de dépendance, il serait donc possible, par exemple, de verser en moyenne 1 300€ par mois pendant 4 ans à l’assuré, soit bien plus de la moitié du coût mensuel moyen d’une place en EHPAD (1 977€ par mois selon la CNSA). Le versement de la rente pourrait être déclenché par la personne concernée ou par ses proches, selon les clauses pouvant être intégrées dans le contrat. 

 

Les 1 700 milliards d’euros d’encours de l’assurance vie seraient ainsi disponibles pour être orientés, sur base individuelle, vers cette priorité nationale qu’est l’accompagnement dans la dépendance. Le rôle fondamental des assureurs vie en sortirait renforcé : ils transformeraient l’épargne en couverture du risque de dépendance, comme les banquiers transforment les dépôts en prêts. Cela permettrait aussi de redonner à l’assurance vie sa vocation de produit d’épargne populaire alors que la classe moyenne et les épargnants modestes détiennent une part moins importante des encours que par le passé (48% aujourd’hui contre 55% en 2012 selon Facts & Figures).

 


Nos dirigeants sont aujourd’hui face à une responsabilité historique, partagée avec les professionnels de l’épargne. Nous devons trouver ensemble la bonne formule pour aller au bout du débat sur le financement du risque de dépendance. L’équilibre réside sûrement dans un savant mélange de prise en charge par la sécurité sociale – désormais entérinée   – couplé à des produits d’épargne adaptés. À problème complexe, solution composite. Soyons créatifs ! 


Tribune de Julien Brami, Directeur Général de l'UFF, publiée dans Le Monde le 24 juin 2021. Cliquez ici pour voir l'article.


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